La spondylarthrite ankylosante
Rédaction : Elisabeth Faure,
novembre 2000
Dernière mise à jour : juillet 2002
Tiré du site Web :
http://www.caducee.net/DossierSpecialises/rhumatologie/spondylarthrite-ankylosante.asp
Sommaire :
Définition
Manifestations cliniques
Diagnostic
Traitement
ê
Définition ê
La Spondylarthrite
Ankylosante (SA) ou pelvispondylite rhumatismale est le deuxième rhumatisme inflammatoire chronique après la
polyarthrite rhumatoïde. Elle touche plus de 300 000 personnes en France et
environ 1,5 million en Europe. Cette maladie atteint de préférence une
population jeune (entre 15 et 50 ans) et n'épargne pas l'enfant. Elle est plus
communément rencontrée chez l'homme avec un sexe-ratio de 2,5 hommes pour une
femme.
La SA est associée au gène présent chez 95 % des patients mais qui n'explique
que 30 à 40 % de la prédisposition génétique : le gène HLA-B27.
La SA touche essentiellement les articulations du bassin et celles de tous les
segments de la colonne vertébrale laquelle peut être déformée au bout de
quelques années (cyphose). Les formes invalidantes et graves concernent 25 à 30
% des patients.
Etiologie ê
La cause
de la SA reste inconnue mais il existe certains facteurs favorisants : ce sont les facteurs
génétiques et les facteurs environnementaux.
Facteurs
génétiques
- On connait des formes
familiales de SA (10 % des cas) mais elles sont surtout fréquentes chez les SA
féminines.
- La SA est liée à la présence, chez les patients, d'un antigène particulier du
complexe d'histocompatibilité : HLA-B27. Environ 90 % des malades blancs
européens sont porteurs de cet antigène alors que la fréquence du B27 dans la
population est de 5 à 14 % selon les pays d'Europe.
- La SA touche essentiellement les hommes : 9 hommes pour une femme, mais il
est probable que la fréquence des cas féminins soit sous-estimée du fait de
leur atypie ou de leur caractère plus fruste.
- L'âge de début de la maladie se situe plus de une fois sur deux dans la
troisième décennie.
Facteurs
d'environnement
- La SA peut faire suite
à une arthrite réactionnelle. En effet, certains rhumatismes inflammatoires
surviennent après une infection bactérienne (Salmonella, Shigella, Yersinia,
Campylobacter...) ou virale. Une partie des constituants du germe (protéines,
ARN ribosomal ou ADN) sont encore présents dans l'organisme laissant penser
qu'ils peuvent déclencher une réaction inflammatoire de la synoviale
articulaire.
- Les manifestations articulaires peuvent aussi être associées à des signes
cutanés, muqueux, génito-urinaires et intestinaux constituant alors le syndrome
de Fiessinger-Leroy-Reiter (FLR). De fréquence modérée mais probablement
sous-estimée, le Fiessinger-Leroy-Reiter (FLR) est à connaître car si son
évolution est la plupart du temps bénigne, il peut évoluer vers la
spondylarthrite ankylosante.
- D'autres affections peuvent s'associer à la SA : maladie de Crohn,
rectocolite ulcérohémorragique, maladie de Whipple.
ê
Manifestations cliniques ê
La SA
touche essentiellement les articulations du bassin et celles de tous les
segments de la colonne vertébrale (dorsal, lombaire et cervical). La souffrance
du patient est importante. Elle perturbe le sommeil et détériore la qualité de
la vie.
La SA
débute généralement par des douleurs au rachis lombaire et au bassin. Les
douleurs rachidiennes sont fréquentes, accompagnées de raideur surtout
matinale. Elles s'accompagnent également d'irradiations dans les fesses voire
vers l'arrière des cuisses selon un trajet crural postérieur.
Les articulations des
membres ne sont pas épargnées : mains, épaules, genoux, chevilles et pieds,
hanche. Le pied est fréquemment atteint, en particulier le talon (talalgie), ce
qui peut rendre la marche pénible, difficile, voire impossible dans des cas
rares. Cette atteinte est due à l'inflammation des attaches des tendons à l'os
(enthésiopathies).
Les autres signes sont :
- une uvéite antérieure aiguë (inflammation d'une partie de l'œil), volontiers
récidivante, qui survient à des moments variables de l'évolution de la SA. Elle
provoque une rougeur et une douleur de l'œil ; elle nécessite des soins
spécialisés urgents pour éviter des séquelles compromettant la vue.
- une urétrite non gonococcique (cervicite chez la femme),
- une sacro-iliite à la radiographie,
- la présence de l'antigène HLA B27,
- l'amélioration des douleurs par les anti-inflammatoires non stéroïdiens.
La maladie évolue par
poussées. Une forme d'ankylose peut s'installer. Dans les cas les plus sévères,
la maladie peut provoquer une déformation de la colonne vertébrale en cyphose.
Lors d'une poussée, une asthénie physique s'installe pouvant dans des cas
extrêmes provoquer une véritable dépression réactionnelle.
Les formes invalidantes
et graves concernent 25 à 30 % des patients atteints de spondylarthrite
ankylosante.
ê
Diagnostic ê
Le diagnostic de la SA
repose sur des critères cliniques,
radiographiques et biologiques.
Signes
cliniques ê
- Douleurs rachidiennes :
initialement intermittentes, elles sont souvent plus durables, évoluant par
périodes de plusieurs semaines ou mois.
- Arthrites périphériques : elles s'observent au cours de l'évolution chez 50 à
70 % des malades. Il s'agit surtout d'atteinte inflammatoire proximale, des
épaules et coxofémorales, plus rarement d'une atteinte des genoux ou des pieds.
- Manifestations viscérales : elles sont d'inégale fréquence. L'oeil est
l'organe le plus touché (uvéite antérieure). Mais d'autres manifestations
viscérales sont propres à la SA : insuffisance ventilatoire restrictive, liée à
la rigidité de la paroi thoracique, insuffisance aortique et troubles de la
conduction auriculoventriculaire...
Signes
radiographiques ê
On réalise un grand
cliché radiographique permettant de voir l'incidence de la maladie sur la
jonction dorsolombaire, le rachis lombaire, les articulations sacro-iliaques et
coxofémorales.
Les signes radiologiques sont :
- Signes d'arthrite
sacro-iliaque (sacro-iliite). Classiquement, ces signes sont bilatéraux et plus
ou moins symétriques mais au début ils peuvent prédominer d'un côté.
- Signes rachidiens : on distingue les atteintes du corps vertébral et celles
de l'arc postérieur.
- Signes articulaires ou tendinopériostés : les signes d'arthrite périphérique
sont non spécifiques. Il faut insister cependant sur les images d'ossification
ou d'ankylose articulaires, bien particulières à la SA et qui s'observent aux
cours des coxites. Les ossifications sous-périostées peuvent s'observer au
bassin, aux talons.
Signes
biologiques ê
- La vitesse de
sédimentation est habituellement élevée au cours des poussées mais elle peut rester normale tout au long de
l'évolution (20 % des cas). Normale, elle ne peut faire exclure le diagnostic
si le tableau radio-clinique est évocateur : on sait en effet que quelques
spondylarthrites ankylosantes peuvent évoluer vers une grande invalidité alors
que la vitesse de sédimentation reste normale pendant toute l'évolution.
- La présence de l'antigène HLA B27 est un fort argument de présomption s'il
est associé au syndrome clinique et à des signes radiologiques débutants. A lui
seul, il ne saurait faire porter le diagnostic de spondylarthrite ankylosante.
Diagnostic
différentiel ê
La liste
des affections pouvant être confondues avec la SPA est longue. Les principales sont : les
arthrites d'origine infectieuse (tuberculose, brucellose, salmonellose...), une
hyperparathyroïdie, une ochronose (alcaptonurie), une ostéochondrose, une
hyperostose vertébrale ankylosante, une discarthrose, une polyarthrite
rhumatoïde...
ê
Traitement ê
Le
traitement de la SA est purement symptomatique et vise à limiter l'inflammation
articulaire et à prévenir les attitudes vicieuses.
Traitement
médical ê
- Le repos complet est
préconisé lors des poussées douloureuses
- Moyens médicamenteux :
- Anti-inflammatoires non stéroidiens (AINS). Ils ont une tolérance gastrique
médiocre lorsqu'ils sont pris de façon prolongée
- Corticoïdes. Ils sont moins efficaces mais sont souvent utilisés en cas
d'ulcère gastroduodénal provoqué par les traitements précédents. On les utilise
lors de traitements locaux comme des infiltrations locales de corticoïdes au
niveau du genou en cas d'arthrites ou lors de la pose d'une prothèse de hanche.
- Traitements de fond : ils sont surtout utiles en cas d'atteinte articulaire
périphérique et/ou en cas d'atteinte extra-rhumatologique. Par contre, leur
intérêt dans les formes axiales de la maladie reste discuté. Les médicaments
les plus couramment utilisés sont la salazosulfapyridine (posologie habituelle
: 2g par jour), les sels d'or et le méthotrexate et maintenant les
Anti-TNF-Alpha.
Hygiène de vie
ê
- Exercices de posture et
de gymnastique à effectuer quotidiennement afin de maintenir le rachis en
rectitude
- Kinésithérapie respiratoire : même si l'insuffisance respiratoire par
ankylose de la cage thoracique est rarement observée, il est recommandé des
mouvements pour prévenir cette complication.
- Appareillage permettant de réduire les déformations : orthèses plantaires,
corsets plâtrés, attelles de postures
Chirurgie
orthopédique ê
Les indications
chirurgicales sont limitées au cours de la SA. Elles peuvent avoir lieu en cas
:
- de talalgie postérieure
rebelle,
- de persistance d'inflammation d'arthrite périphérique (justifiant alors une
synovectomie),
- d'atteinte articulaire périphérique destructrice (justifiant alors une
arthrodèse ou une mise en place de prothèse).
La chirurgie peut
également être indiquée en cas d'atteinte axiale et notamment pour réparer une
fracture ou pour réparer une attitude vicieuse trop prononcée (exemple : dos
voûté et projection de la tête et du cou en avant telle que le patient ne peut
plus voir la ligne d'horizon en face de lui).
Le syndrome de
Fiessinger-Leroy-Reiter Syn.
(syndrome oculo-urétrosynovial, syndrome conjonctivo-urétrosynovial)
Affection chronique et récidivante, attribuée à une shigella ou à une chlamydia
et associant un syndrome dysentérique (surtout dans les formes épidémiques),
une urétrite aiguë fugace post-diarrhéique, une conjonctivite bilatérale
souvent intense, une polyarthrite pouvant aboutir à une SA et des lésions
cutanéo-muqueuses vésiculobulleuses dans les formes aiguës, kératodermiques
(avec clous cornés caractéristiques) ou psoriasiformes à tendance pustuleuse
dans les formes chroniques. (Source : Dictionnaire de Médecine Flammarion)