8-Glossodynies essentielles
CHAPITRE 8
LES GLOSSODYNIES ESSENTIELLES, dites « SYMPTÔME DE LA LANGUE BRÛLANTE » (1-3-4-5-6-7-8)
Ce type de glossodynie (appelée, rappelons-le, stomatodynie quand la sensation douloureuse s'étend à toute la bouche) est une affection - bénigne mais longue à traiter - qui touche essentiellement les femmes (mais pas uniquement ) entre l'âge de 40 et 60 ans, parfois plus tôt, et très souvent à partir de la ménopause (2/3 des cas. ) Elle n'a semble-t-il jamais été observée ni chez l'enfant, ni chez l'adolescent.(4) Pour donner une idée de sa fréquence, on peut citer l'exemple de l'hôpital d'Eaubon, où en 15 ans et sur 15000 consultations, 114 cas ont été observés. (6) Cette maladie a été autrefois désignée sous le nom de rhumatisme lingual, migraines de langue, ulcération imaginaire de la langue, fausse glossite... On parle volontiers aujourd'hui de symptôme de la langue brûlante. Cette pathologie serait propre aux « populations développées, urbanisées, vieillissantes, surmédicalisées et consommatrices de tranquillisants - ce qui explique son développement actuel. »(5) Elle se traduit par des douleurs de langue chroniques et lancinantes, soit diffuses, soit localisées en un point précis ( pointe, bord ), soit encore associées à des brûlures des lèvres (parfois le seul signe), gencives, palais, pharynx (6) et parfois à une enflure, sans cause locale apparente.
- Toutefois s'y ajoutent parfois (30 pour cent des cas) des lésions associées (langue géographique, aphtes, semis rouge sur la pointe et les bords de la langue, lichen dans 5 pour cent des cas) (l- 6) sans rapport direct avec l'affection, tandis que d'autres sont dues au frottement incessant de la langue contre les dents, fréquemment observé dans ces cas. (5)
- Il est également fréquent d'observer une perturbation du goût (10 pour cent), une sécheresse buccale entretenue par l'usage abusif et inutile d'antiseptiques locaux (6), ou au contraire un afflux de salive, une salive épaisse, mousseuse, au goût métallique, amer ou encore acide.
Quelques traitements préconisés par les spécialistes: La glossodynie ne tend pas à guérir spontanément et en l'absence de traitement, passe à la chronicité. Tous ces traitements relèvent de la compétence d'un médecin et ne sont cités qu'à titre purement informatif. Dans la large gamme des médicaments psychotropes qui comprend :
- les tranquillisants (Urbanyl...)
- les anxyolitiques (Buspar...)
- les anti-dépresseurs (Clomipramine...)
- les neuroleptiques (Dogmatil, Largactil...)
L'usage des anxyolitiques ( et notamment des benzodiazépines) est généralement jugé « globalement sans effet et non sans inconvénients (perte de mémoire)» (5). L'usage de neuroleptiques et antidépresseurs est diversement jugé :
- Les uns recommandent la prudence en ce domaine : « ( L'usage de ces médicaments) ne saurait être envisagé que dans le cas de syndrome dépressif sérieux, sans perdre de vue qu'ils sont responsables de dyskinésies et déficit salivaire » (5) – ou encore « (l'usage d'antidépresseurs) n'est pas souverain (6)» . (L'une de nos adhérentes a effectivement vu apparaître une dyskinésie (mouvement incontrôlables de la bouche) - à la suite de la prise de Tercian° ; dyskinésie guérie par l'auriculothérapie, mais qui a cédé la place à une glossodynie.)
- Pour d'autres en revanche, « c'est la thérapeutique anxiolytique et antidépressive qui est la meilleure chance de tenter un traitement efficace" (6)
Les antidépresseurs comprennent une quarantaine de spécialités classées en trois ou quatre familles :
- tricycliques (Anafranil...)
- IMAO (Niamide...)
- Non tricycliques non IMAO (Survector, Athymil)
- les derniers-nés (Deroxat, Prozac)
- A l'Hôpital St Louis de Paris on propose depuis dix ans le protocole suivant : Buspar + Mépronizine + Ludiomil. En cas d'échec, antidépresseur type Anafranil.
- D'aucuns (4) proposent encore soit les tricycliques en l'absence de contre-indication, soit les non tricycliques (Miansérine, Fluvoxamine), et recommandent « une posologie progressive mais rapide pour atteindre une dose de 75 à 100 mg d'équivalent imipramine », (la moitié voire le quart chez la personne âgée) - en choisissant, selon les malades, « un antidépresseur sédatif (trimipramine, maprotiline) ou au contraire désinhibiteur (clomipramine, amineptine) ». Il faut attendre 2-3 semaines les premiers effets. Il est recommandé d'adapter la posologie, de corriger les effets secondaires ou de changer le produit s'il est mal supporté, puis de prolonger le traitement au moins un an, après quoi on réduit progressivement la posologie.
- Plus indiquée selon un autre auteur (5) serait la Minoprine, (Cantor), « psychostimulant et désinhibiteur qui paraît capable d'atténuer les altérations des neurotransmetteurs impliqués dans les états dépressifs de la sénescence ».
- Au Centre Antidouleur de Genève, on recommande Anafranil 75 mg le matin et Rivotril 2 mg le soir - + séances de sophrologie
- voir la page de " témoignages ".
l) Traitements généraux
- Vitamine B 12 en injectable : en cures de 10 jours
- Cures thermales : c'est St Christau (crénothérapie) qui est officiellement proposé. (Voir infos et témoignages à la page " Glossopathies et cures thermales".
- Acupuncture : consultation spécialisée à l'Hôpital Cochin, voir la page " Qui consulter ? "
3) Sismothérapie dans les cas sévères
4) Psychothérapie et Relaxation de la bouche : un traitement original mis au point à La Garancière par un médecin psychodontologue. Ce traitement est décrit dans le compte-rendu des 22ème Entretiens de Garancière de fin septembre 96 - une journée de ces Entretiens (destinés aux chirurgiens-dentistes) ayant en effet été consacrés à la glossodynie. Selon ce médecin (qui soupçonne également le déséquilibre hormonal de la ménopause), il serait très fréquent que les patients atteints de glossodynie n'aient pas conscience de leur état dépressif. Par voie de conséquence, le traitement préconisé est, une fois reconnue et admise la réalité de la dépression, le traitement de celle-ci : relaxation, psychothérapie (les médicaments seuls n'étant pas toujours suffisants), si besoin antidépresseurs. Car dans ce cas : « Aucun antalgique n'est efficace ; seul l'antidépresseur convient. » Selon le même médecin, il est possible de soulager, au moins partiellement, 90 pour cent de ces patients... mais il faudra d'autant plus de temps pour soulager la maladie que celle-ci est ancienne ! Au cours de la psychothérapie mise au point par ce médecin, le patient est invité à estimer, grâce à une échelle d'évaluation, l'intensité de sa douleur au cours de ses journées, et à noter les événements, émotions, s'étant produits au même moment. Il apprend ensuite à se relaxer et à mieux gérer son stress et les manifestations qui l'accompagnent. Si vous vous sentez concernés par cette approche de la maladie, sachez qu' il existe une Consultation de Psychodontologie à la Faculté de Chirurgie Dentaire à Paris (voir la page " Qui consulter ? " ). Sachez aussi que ce Dr, qui organise des sessions de formation à l'intention de ses confrères, étudie aussi le rôle de la ménopause dans les syndromes buccaux de la dépression.