AAA
ASSOCIATION ALOPECIA AREATA

Retour à l'accueil


Bulletin de l' AAA n°6 / Janvier 2001


Le bulletin n°6 arrive tardivement car il était prévu d'y inclure les résultats des deux travaux de recherche financés par l'AAA, l'un effectué par le Dr. Laurent MISERY (CHU de Saint-Etienne) "Etude des neuromédiateurs et des facteurs de croissance nerveuse au cours de la pelade", l'autre par le Dr. Jean-François NICOLAS (INSERM Lyon) "Rôle des lymphocytes T dans la physiopathologie de la pelade. Contribution des cytokines de type I".

Le compte-rendu des travaux du Dr. L. MISERY aurait dû parvenir au siège de l'AAA en août. Ces travaux nécessitaient l'accord du Comité de Protection des Personnes qu'il n'a pu obtenir que tardivement. Il devrait rendre ses conclusions dans les prochaines semaines. Le Dr. Jean-François NICOLAS m'a indiqué par téléphone début août que ses travaux étaient achevés. Nous sommes en attente du compte-rendu détaillé.

Le dernier bulletin de l'AAA ayant été publié en janvier 99, il a été décidé de réaliser le bulletin n°6 sans tarder. Un bulletin supplémentaire sera édité dès que nous serons en possession des comptes rendus des travaux de recherche. Dans le but d'attribuer la quasi totalité du montant des dons à la recherche, l'AAA ne publie que peu de bulletins, sur des feuilles format A4, en noir et blanc, photocopiées.

UNE PRISE EN CHARGE SYMBOLIQUE DES PERRUQUES A HAUTEUR DE 500 F

La prise en charge d'une perruque par la Sécurité Sociale est possible à hauteur de 500 F depuis l'arrêté paru au journal Officiel le 16.06.99. Elle figure dans le TAREX (recueil des TIPS des Pharmaciens) sous la référence 103P01. La base de remboursement par la Sécurité Sociale est de 500 F x 70 % = 350 F. Une mutuelle permet en principe d'obtenir le remboursement du ticket modérateur, soit 500 F x 30 % = 150 F. Certaines Caisses d'Assurance Maladie accordent le 100 % pour les pelades et remboursent alors les 500 F dans leur intégralité. Le remboursement s'obtient en adressant à la CPAM une ordonnance délivrée par votre Médecin traitant ou votre Dermatologue et la facture.

Cette prise en charge est symbolique sachant qu'un patient atteint de pelade totale a besoin chaque année :
- soit de deux perruques de qualité (3 500 F par perruque si elle est en cheveux artificiels, 7 000 F par perruque si elle est en cheveux naturels),
- soit de 52 perruques (changées toutes les semaines car ne peuvent être lavées) de bas prix : 100 F pièce dans le quartier africain à Paris.
Au total, un coût annuel par patient de 7 000 à 14 000 F selon la qualité de la perruque.

N'hésitez pas à nous contacter si vous rencontrez des problèmes de prise en charge ou de remboursement. Nous ne pourrons intervenir auprès de votre CPAM ou, si nécessaire, de la CNAM que si vous nous fournissez votre nom, prénom, numéro de Sécurité Sociale, le nom et l'adresse de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie à laquelle vous êtes rattachés.

A PROPOS D'UN CAS DE PELADE TOTALE DECLENCHEE PAR L'APPLICATION D'UNE DECOLORATION DES CHEVEUX

Nous avons été contacté par une dame qui s'est rendue le 18.12.99 dans un salon de coiffure parisien, appartenant à une chaîne connue, pour se faire colorer en blond les racines de ses cheveux. Elle écrit : "Dès l'application du produit, j'ai signalé le sentiment de brûlures qui persistaient pendant toute la durée de l'application et j'ai fait part de mes inquiétudes sur les conséquences éventuelles de ce traitement au coiffeur. On m'a répondu que le sentiment de brûlure est normal avec ce type de produit tant que je n'ai pas " les larmes aux yeux ". Mes inquiétudes s'avéraient cependant justifiées puisque quelques jours plus tard apparaissait une croûte épaisse sur pratiquement tout le cuir chevelu qui semblait être constituée de sang et de sécrétions. Après environ deux semaines, ces croûtes tombaient. Ceci m'a provoqué une pelade qui a conduit à la perte de tous les cheveux du cuir chevelu après deux mois."
Le produit, fabriqué par un très grand laboratoire de cosmétiques, est couramment utilisé.
C'est le premier cas dont nous avons connaissance. L'intéressée nous a signalé qu'il existerait quelques cas similaires aux Etats-Unis défendus par des avocats cherchant sur Internet d'autres personnes ayant présenté les mêmes complications après l'application d'une décoloration afin d'étayer leur dossier.

LE PROGRAMME DE RECHERCHE 2000- 2001

Un appel d'offres a été adressé en juin à tous les Chefs de Service de Dermatologie de CHU ainsi qu'aux équipes de recherche de l'INSERM spécialisées en Dermatologie. Nous n'avons eu aucune réponse. En octobre, un second appel d'offres a été adressé aux équipes de recherche publiant fréquemment et depuis longue date des articles sur les pelades, sélectionnés sur MEDLINE, base de données du Ministère de la Santé des Etats-Unis.
Trois dossiers de candidature nous ont été demandés, puis retournés complétés. Les sujets développés sont :
- "Rôle du gene AIRE (AutoImmune Regulator)" par le Dr Rachid TAZI-AHNINI de l'Université de Sheffield (Angleterre).
- "Bases moléculaires de la pelade" par le Pr Amos GILHAR de la Faculté de Medecine de Technion (Israël).
- "Aspects génétiques de la pelade" par le Dr J.P. SUNDBERG, The Jackson Laboratory (USA).
Le Conseil Scientifique de l'AAA, présidé par le Pr. Guy SERRE, déterminera le ou les dossiers à retenir.
Ces trois équipes sont déjà subventionnées par la National Alopecia Areata Foundation (Association qui regroupe les patients atteints de pelade aux Etats-Unis).

RESUME DES PROJETS DE RECHERCHE 2000-2001

A) Projet de recherche proposé par le Dr. Rachid TAZI-AHNINI (Université de Sheffield).

1 - Situation du sujet dans la littérature et travaux effectués.

La pelade est considérée comme une maladie auto-immune dans laquelle les cellules immunitaires sont impliquées dans une réaction inflammatoire dirigée contre le follicule pileux. Environ 25 % des patients ayant une pelade ont des antécédents familiaux indiquant qu'il existe une composante génétique dans cette maladie. Les associations avec le système majeur de compatibilité (MHC) ont été démontrées avec à la fois des allèles de Classe I et de Classe II incluant HLA-B12, B18, HLA-Cw1/Cw3, HLA-DR4, DR5 et DQB1*03. Dans un précédent travail, l'équipe a identifié la première anomalie génétique associée à la pelade non liée au système HLA.
Récemment, l'équipe a mis en évidence une nouvelle association avec le gène codant pour la protéine (MX1) situé sur le chromosome 21. Ceci avait été évoqué par l'observation d'une fréquence élevée de pelade chez les patients mongoliens. Par ailleurs, dans le syndrome "Autoimmune PolyEndocrinopathy Candidiasis Ectodermal Dystrophy" (APECED) plus de 40 % des patients concernés développent une pelade. L'APECED est causé par la mutation du gène régulateur de l'auto-immunité (AIRE) sur le chromosome 21 qui code pour la transcription d'un facteur ayant d'importantes fonctions dans le système immunitaire. Par conséquent, le gène AIRE intervient dans la pelade.

2 - But de la recherche.

Dans cette étude, l'équipe de recherche propose d'effectuer un séquençage systématique du gène AIRE à la recherche de polymorphismes de simples nucléotides (SNPs). L'association entre la pelade et le gène AIRE sera confirmée par une étude comparant 200 patients peladiques et 400 patients témoins. Une fois cette association confirmée, l'équipe se propose d'entreprendre ultérieurement des études in vitro dans le but d'envisager de nouvelles approches thérapeutiques de la maladie.

B) Projet de recherche proposé par le Pr. Amos GILHAR de la Faculté de Médecine de Technion.

1 - Situation du sujet dans la littérature et travaux effectués.

La pelade est provoquée par les lymphocytes T. Des autoanticorps circulants dirigés contre les structures folliculaires sont présents dans la pelade mais ils sont aussi retrouvés chez les sujets normaux et il n'existe pas d'élément en faveur de la réactivité de ces anticorps. De plus, il n'est pas possible de transférer une pelade en injectant des IgG dans des greffons de cuir chevelu humain placés sur des souris nude (dépourvues d'immunité). En revanche, il est possible de transférer la maladie à des biopsies de scalp humain greffées sur des souris SCID en injectant dans le greffon un infiltrat de lymphocytes T. Il a été nécessaire au préalable d'activer les lymphocytes T in vitro en les mettant en culture avec un homogénat de follicules pileux. Ces lymphocytes T sont capables d'induire les modifications observées dans la pelade avec perte de cheveux et infiltrat périfolliculaire de cellules. Ces changements sont statistiquement significatifs.
La mise en culture des lymphocytes T sans homogénat de follicules pileux du cuir chevelu n'entraîne pas de perte de cheveux.
L'homogénat folliculaire est donc capable d'induire in vitro la prolifération de cellules T lésionnelles du scalp.
La prolifération de cellules T et la perte de cheveux n'est pas induite par la culture de cellules T lésionnelles avec un homogénat ne provenant pas de follicules pileux du scalp. Ce fait indique que la pelade est provoquée par des cellules T qui reconnaissent un autoantigène folliculaire.
Les mélanocytes sont une composante importante du bulbe du cheveu, siège de l'attaque immunologique. Il a été émis l'hypothèse que l'autoantigène de la pelade est issu des mélanocytes à partir du fait que les cheveux pigmentés sont préférentiellement atteints par rapport aux non pigmentés (blancs par exemple). De plus, lors de la repousse, les cheveux repoussant initialement sont souvent blancs.
Il a été mis en évidence qu'une association de cellules CD4+ (+ signifie activées) et de CD8+ provoque une chute des cheveux significative. Le transfert de la perte de cheveux nécessite des lymphocytes CD8+ avec une aide des CD4+. L'injection de lymphocytes CD4+ seuls ou de lymphocytes CD8+ seuls provoque une perte de cheveux variable qui est généralement moins importante que celle provoquée par l'injection combinée de CD4+ et de CD8+. Ceci indique que la pelade est provoquée par une collaboration entre les CD8+ et CD4+. Il est admis que les cellules CD8+ agissent comme cellules effectrices avec l'aide des cellules CD4+.

La déplétion soit des lymphocytes T CD8+ ou des lymphocytes CD4+ peut faire régresser une pelade chez le dundee experimental bald rat (DEBR) indiquant également une synergie de coopération entre les CD8+ et les CD4 +.

Une des particularités de la pelade est l'expression anormale des antigènes HLA ABC sur l'épitélium folliculaire du bulbe du cheveu.

2 - Principaux buts :

a) identifier les épitopes associés aux mélanocytes qui induisent la prolifération in vitro des cellules T provenant de patients peladiques.
- Phénotypage HLA-A,B,C des patients peladiques.
- Isolement de cellules T provenant de scalp atteint de pelade en effectuant 2 punch biopsies de 4 mm de diamètre. 500 000 lymphocytes peuvent être isolés à partir de telles biopsies.
- Choix et synthèse des peptides associés aux mélanocytes.
- Mise en culture des lymphocytes isolés à partir de biopsies de cuir chevelu. Ils seront incubés avec une culture homogène de mélanocytes humains. L'inter-leukine 2 est ajoutée au jour 3. Chaque 5 jours, les cellules T sont restimulées avec un homogénat de mélanocytes et 20 U/ml d'interleukine 2. La période de culture est de 20 à 30 jours.
- Identification de peptides associés aux mélanocytes qui induisent la prolifération des lignées de cellules T du scalp chez les patients peladiques.
b) confirmation de la pathogénicité des peptides autoantigènes associés aux mélanocytes par injection de cellules T activées par les peptides dans des prélèvements de cuir chevelu humains greffés sur des souris SCID.

c) étude de différentes populations de patients ayant une pelade à partir de plusieurs sous groupes HLA pour déterminer le spectre des différents épitopes associés à la pelade.

C) Projet de recherche proposé par le Dr J.P. SUNDBERG (The Jackson Laboratory).

1 - Situation du sujet dans la littérature et travaux effectués.

The Jackson Laboratory a identifié une forme de perte de cheveux sur des lignées de souris âgées appelées C3H/HeJ qui reproduisent exactement ce que l'on observe dans la pelade humaine. Le grand nombre de publications a défini le haut degré de similitude entre la maladie de cette souris et la pelade chez l'homme. Ce modèle animal de pelade est fréquemment utilisé pour des essais thérapeutiques.

Plusieurs cas de pelade semblent avoir un caractère génétique. L'apparition de pelade chez des jumeaux aussi bien que l'identification de familles dont plusieurs membres présentent une pelade suggèrent que la pelade peut être une maladie héréditaire. Les recherches ont convergé dans la pelade humaine sur le système HLA.

La pelade est associée à plusieurs allèles du système majeur d'histocompatibilité (MHC). Les allèles DQB1*03 et DRB1*1104 sont associés significativement à toutes les formes de pelade alors que les allèles DRB1*1104, DRB1*0401 et DQB1*0301 sont spécifiquement associés aux pelades anciennes et extensives (pelades totales ou universelles).

Les souris C3H/HeJ ont été croisées avec une lignée qui ne développe pas de pelade. La seconde génération de souris de ce croisement sera étudiée afin d'établir un lien entre le phénotype de la pelade et les loci génétiquement spécifiques. A ce jour, 9 loci ont été identifiés. L'équipe envisage de continuer, de maintenir la colonie de souris pour compléter le séquençage génétique, résoudre l'identification des loci et évaluer leur rôle dans la pelade.

2 - Plan de recherche.

a) Compléter la cartographie pour identifier les loci de susceptibilité de la pelade.

b) Comparaison des génomes pour identifier les gènes responsables. L'étape précédente qui a permis d'identifier les gènes responsables va permettre d'identifier par comparaison les régions similaires sur le génome humain.

c) Analyse des gènes responsables.
Pour qu'un gène puisse être retenu, il doit présenter un des critères suivants :
- une différence entre les souris B6 et C3H dans la région de codage du gène due à la modification d'un acide aminé ou à l'apparition d'un stop codon prématuré.
- une différence dans l'ARN messager.
- une différence de l'expression du gène entre les souris B6 et C3H.

d) Confirmation des gènes de susceptibilité de la pelade.

Dr Philippe BATAILLE
Président de l'AAA

Retour à l'accueil



Date de mise à jour : 28/02/2001
 

Pour en savoir plus sur les maladies rares, consultez