| Introduction |
| Chapitre I : Aspects cliniques |
| Chapitre II : Etiologie et pathogénie |
| Chapitre III : Physiopathologie |
| Chapitre IV : Diagnostic |
| Chapitre V : Traitement |
La pelade, une maladie de pathogénie inconnue, est caractérisée par la chute des cheveux en plaques en association avec un infiltrat de lymphocytes T entourant les follicules. Bien qu'habituellement limitée, la pelade peut se poursuivre jusqu'à la perte complète des cheveux (pelade totale) ou de tout le système pileux (pelade universelle). Différents auteurs suggèrent l'hypothèse que des facteurs immunologiques et génétiques jouent un rôle important dans la pathogénie de cette maladie. Les manques de connaissance du mécanisme fondamental sous-jacent à l'inhibition de la croissance du cheveu dans la pelade se reflète dans l'absence d'une thérapeutique systématiquement efficace.
I-1 Epidemiologie
La pelade est une maladie courante du follicule pileux affectant
environ 2 % des nouveaux patients consultant dans un service de
Dermatologie. Une surveillance épidémiologique pendant
25 ans à Rochester, dans le Minnesota, a montré
une incidence de 17,2 pour 100 000 par an, ou, formulée
différemment, à l'âge de 50 ans, environ 1
% d'entre nous aura présenté une plaque de pelade
à un moment de la vie. Dans le cadre d'une investigation
rétrospective concernant l'ensemble de la population, et
menée sur une période de 15 ans, de 1975 à
1989, une étude descriptive de 292 patients atteints de
pelade a mis en évidence une occurrence globale de 20,2
pelades par 100 000 personnes-années, n'évoluant
pas au cours du temps, et a estimé à 1,7% le risque
pendant la vie d'une personne.
La pelade affecte hommes et femmes en proportions équivalentes,
bien qu'une prédominance masculine (M/F = 2,1) ait été
rapportée dans le nord de l'Inde. Elle frappe à
tout âge ; elle est plus fréquente chez l'enfant
et les jeunes. Environ 60 % des patients développent une
pelade avant l'âge de 20 ans.
I-2 Manifestations cliniques
Le signe clinique de la maladie est l'apparition subite d'une
plaque ronde ou ovale de perte complète de cheveux. La
lésion est lisse sans squame, inflammation ou plaie. Il
peut y avoir une sensation de brûlure ou de prurit avant
l'apparition de la lésion. Le signe pathognomonique du
cheveu " en point d'exclamation " peut être présent
en périphérie des lésions, là où
les cheveux qui ont une apparence normale peuvent aussi être
arrachés facilement. Ils sont considérés
comme étant des cheveux en massue de calibre et de pigmentation
normaux, mais dont l'extrémité distale est irrégulière
et effilochée. Ils se terminent en pointe au dessous de
leur extrémité cassée, mais il s'agit d'un
groupe normal en dehors de cela.
L'évolution d'une pelade est capricieuse et imprévisible.
Ce peut être un événement aigu avec les quelques
plaques repoussant spontanément en quelques mois ou une
année. Elle peut avoir une évolution chronique avec
repousse dans quelques sites et apparition de nouvelles plaques
pendant des années. Et elle peut avoir une évolution
fulminante avec perte de 100 % des cheveux (pelade totale) ou
de tous les poils du corps (pelade universelle) en quelques semaines.
Dans quelques cas la perte initiale de cheveux est diffuse et
une dénudation complète du cuir chevelu a été
signalée en 48 heures. Toutefois, la perte diffuse des
cheveux peut se produire sur une partie ou la totalité
du scalp sans l'apparition de plaques. La repousse est souvent
au début fine et dépigmentée, mais la plupart
du temps les cheveux retrouvent progressivement leur diamètre
et teinte normaux.
Tout site pileux peut être affecté et la localisation
à la barbe n'a pas de signification pronostique. Le scalp
est la première localisation concernée dans environ
60 % des cas. Chez les hommes bruns, les plaques de la barbe sont
très visibles et sont souvent les premières à
être constatées. Les sourcils et les cils tombent
dans beaucoup de cas de pelades et peuvent être les seuls
sites affectés.
I-3 Classification
En 1965, Ikeda proposa une classification qui prenait en compte
des facteurs cliniques autres que la pelade elle-même. Il
peut exister des variations géographiques considérables
dans l'incidence relative des différents types de pelade.
Les 4 types d'Ikeda (suite aux obervations faites au Japon) peuvent
être classés comme suit :
- Type I : La forme commune représente 83 % des malades. Elle apparaît principalement entre 20 et 40 ans, et guérit généralement en moins de 3 ans. Les plaques localisées ont tendance à repousser en moins de 6 mois et une alopécie totale se développe seulement dans 6 % des cas.
- Type II : La forme atopique représente 10 % des malades. L'apparition de la pelade se produit dans l'enfance et la maladie suit lentement son cours qui peut durer plus de 10 ans. Les plaques localisées ont tendance à persister un an et évoluent vers une pelade totale dans 75 % des cas.
- Type III : Le type pré-hypertensif (4 %) touche principalement des sujets jeunes et évolue rapidement vers une pelade totale dans 39 % des cas.
- Type IV : Le type associé (5 %) concerne, surtout, les patients de plus de 40 ans. Il suit une évolution chronique mais aboutit seulement dans 10 % des cas à une pelade totale. Ce type est associé à des désordres autoimmuns ou endocriniens.
Puisque la classification de la maladie par Ikeda n'a pas encore été suffisamment appliquée pour que sa validité soit établie, il existe un besoin de classification internationale de la pelade plus précise et uniforme pour être utilisée par tous les chercheurs.
I-4 Pronostic
L'évolution d'une pelade est extrêmement variable avec quelques cas régressant spontanément et approximativement 7 % progressant vers une pelade totale ou pelade universelle. Dans 30 % des cas, la repousse des cheveux se fait en 6 mois, dans 50 % en un an, et de 70 à 80 % dans les 5 ans. Environ 20 % ont une maladie persistante, tenace après 10 à 15 ans sans signe de repousse. Néanmoins, la possibilité d'une repousse existe, et des patients atteints de pelade totale ou universelle peuvent avoir une rémission complète, même après plusieurs années.
Les facteurs de mauvais pronostic d'un patient incluent :
1. Plus de 30 % du scalp concerné.
2. Début prépubertaire : 50 % de ces patients deviennent
totalement chauves. Par opposition, seulement 25 % de ceux développant
une pelade après la puberté le deviennent. D'autres
résultats indiquent que 45 % des patients présentant
des pelades totales ou universelles de longue date développent
leur première plaque avant 10 ans, alors que seulement
10 % des patients présentant une pelade en plaque de longue
date (sans jamais avoir de pelade totale ou universelle) ont développé
leur première plaque avant l'âge de 10 ans.
3. Etat atopique : indubitablement, la pelade survenant sur un
terrain atopique est de mauvais pronostic, et dans le cas où
la perte des cheveux est totale avant la puberté il est
improbable qu'il se produise une repousse définitive.
4. Sexe masculin.
5. Pelade ophiasique : une variété de pelade en
forme de bande localisée tout autour du scalp.
6. Antécédents familiaux de pelade.
Une étude épidémiologique en Inde portant
sur 808 personnes présentant une pelade a révélé
que de nombreux aspects de la maladie sont très similaires
à ceux des pays occidentaux, mais les différences
suivantes ont été constatées : absence d'association
avec une atopie dans les les formes sévères, début
de la maladie à un âge plus précoce, présence
de vitiligo chez les membres de la famille comme facteur de risque
certain dans l'apparition de formes sévères, et
enfin, incidence plus élevée de formes sévère
chez les patients de sexe mâle lorsque la pelade apparaît
avant l'âge de 20 ans.
Quand apparaissent les premières plaques, il est impossible
d'établir un pronostic. Une meilleure approche pronostique
est, par conséquent, souhaitable notamment parce que cette
pathologie occasionne un stress considérable chez le patient.
Peereboom-Wynia et ses collaborateurs ont signalé qu'un
trichogramme normal dans le contrôle d'une région
est un outil pronostique valable dans la pelade.
I-5 Associations cliniques
1. Désordres autoimmuns
Les pelades ont été décrites en association
avec des pathologies autoimmunes : lupus érythémateux
disséminé (discoïde et systémique),
thyroïdite de Hashimoto, hypo et hyperthyroïdie, polyarthrite
rhumatoïde, sclérodermie, lichen plan, Maladie de
Biermer, pemphigus, maladie cliaque, rectocolite hémorragique,
myasthénie, maladie d'Addison, vitiligo (4 %), diabète
juvénile, troubles gonadiques, rhumatismes avec polymyalgies.
Récemment, un cas d'acrokératose paranéoplasique,
associé à un vitiligo et une pelade du scalp, a
été signalé chez un Japonais de 54 ans. Ceci
suggérant, chez ce malade, un mécanisme impliquant
le système immunitaire.
De nombreux patients ayant un syndrome de candidiase-endocrinopathie
(CES) présentent une pelade étendue (sub-totale,
totale ou universelle).
Böni et coll. ont
signalé un cas de CES associé à une pelade
et à une agénésie de la rate. L'immunothérapie
locale avec le diphéncyclopropénone n'a pas donné
de bon résultat chez ce patient. Cela peut être expliqué
à la fois par l'ancienneté de la pelade et par la
défaillance immunitaire sous-jacente avec déficience
de la réaction d'hypersensibilité retardée.
2. Manifestations unguéales
L'incidence de la dystrophie des ongles dans les pelades varie
de 7 à 66 %. L'atteinte unguéale varie d'une altération
localisée à diffuse avec de petits cratères.
Elle peut concerner la plupart des ongles mais aussi un seul.
La dystrophie du gros orteil est décrite comme étant
proportionnelle au degré de la chute des cheveux . Une
onychodystrophie peut précéder ou suivre la rémission
d'une pelade. Parmi les modifications des surfaces, on peut noter
des ondulations, des striations avec fréquentes onychorrhexies,
des koïlonichies, des fissures transversales, des lignes
de Beau ou lignes transverses avec cratères uniformes similaires
à ceux rencontrées dans le psoriasis.
L'implication chronique et diffuse de l'appareil unguéal
fait apparaître une trachyonychie qui peut au début
être le seul symptôme de la maladie. Cette manifestation
se produit chez environ 3,3% des adultes et 12% des enfants atteints
de pelade. La possibilité que la trachyonychie spongiotique
corresponde à une variété de pelade limitée
aux ongles est une idée séduisante, suggérée
à la fois par des résultats cliniques et des observations
anatomopathologiques.
3. Manisfestations oculaires
Il existe plusieurs publications faisant état de cataractes associées à des pelades. D'autres associations qui peuvent être citées sont : ectopie pupillaire, atrophie de l'iris et vaisseaux rétiniens tortueux.
CHAPITRE II
ETIOLOGIE ET PATHOGENIE
La pathogénie de la pelade est inconnue bien que la plupart des chercheurs pensent que cette maladie est causée par le système immunitaire.
II-1 : Facteurs génétiques
Dans de nombreuses études, on a trouvé un taux
accru de pelades familiales (de 4 à 27%), indiquant que
les facteurs génétiques pouvaient avoir un rôle
causal. Le mode exact de transmission dans les cas familiaux reste
indéterminé bien que l'on ait évoqué
une hérédité autosomique dominante avec pénétrance
incomplète. D'autres pensent qu'il s'agit de façon
presque certaine d'un problème polygénique ; certains
gènes peuvent être les marqueurs d'une prédisposition
à développer une pelade, d'autres peuvent contribuer
au développement de la maladie, et, d'autres encore être
directement impliqués dans le processus même de la
maladie.
Il a été signalé dans plusieurs études
le cas de vrais jumeaux avec une pelade identique apparaissant
simultanément . Les facteurs raciaux peuvent aussi avoir
leur importance.
II-2 : Le stress
L'importance du rôle des facteurs psychologiques dans
la pathogénie de la pelade est controversée. Les
résultats d'études psychiatriques ont été
plutôt contradictoires, établissant, à partir
du résultat que près de 7 % n'ont pas de troubles
mentaux, la conclusion qu'il n'y a pas de preuve que des facteurs
psychologiques jouent un rôle significatif dans le déclenchement
ou l'aggravation de la maladie. Bien que l'incidence d'un stress
émotionnel aigu précédant une poussée
de pelade ait été retrouvé avec des variations
similaires de 5 à 96 %, la majorité des auteurs
considèrent un traumatisme émotionnel comme un facteur
important déclenchant dans la pathogénie de la pelade.
Des articles anecdotiques décrivant une poussée
de pelade peu de temps après un sévère événement
perturbant ont confirmé cette hypothèse.
Une étude signale cependant que seulement 6,7% de 178 patients
ayant une pelade sévère avaient subi un événement
fortement perturbant dans les 6 mois précédant les
premiers symptômes de la maladie. De plus, ces facteurs
déclenchants ne sont pas particulièrement corrélés
avec un type spécifique de pelade. La conclusion de cette
étude est que le stress émotionnel ne joue pas un
rôle significatif dans la pathogénie de la pelade.
Par opposition, d'autres chercheurs ont trouvé des troubles
de la personnalité (sentiment d'infériorité,
introspection et besoin d'encouragement) chez les patients atteints
de pelade.
II-3 : Autoimmunité
L'hypothèse selon laquelle une pelade est une maladie autoimmune est admise par la plupart des auteurs. Elle s'appuie sur 3 principales voies de recherche : association avec des maladies autoimmunes, immunité humorale et immunité à médiation cellulaire.
II-4 : Facteurs neuronaux
L'idée d'une hypothèse neuronale dans la pathogénie de la pelade est étayée par l'observation d'anomalies fonctionnelles et morphologiques dans les glandes eccrines. Cette défaillance de la transpiration a conduit à une étude de l'innervation des glandes eccrines dans les régions du scalp affectées par la pelade, au moyen de techniques immunohistochimiques et de la microscopie confocale, qui ont permis la visualisation de l'innervation des glandes eccrines dans d'épaisses sections de tissu. Selon cette étude, il serait possible qu'une partie des neuropeptides produits dans les nerfs sécrétoires ne soit pas liée aux membranes, et qu'une partie de ces neuropeptides aient la possibilité de diffuser à partir de la glande eccrine pour affecter les structures environnantes. Dans le cas de la pelade, ils agiraient sur le follicule pileux, le cycle capillaire et la réaction inflammatoire associée à la pelade.
II-5 Modèles animaux
Sundberg et coll. ont décrit une maladie spontanée dans une grande colonie de production et dans une petite colonie vieillissante de souris C3H/HeJ, présentant des caractères très proches de ceux de la pelade chez l'homme. Cette pelade se produit de façon spontanée comme une maladie de vieillesse très peu fréquente (0,25% des souris femelles, 0.035% de souris mâles âgées de 5 à 6 mois) dans cette souche et se révèle être un modèle animal utile dans l'étude de cette maladie.
II-6 : Facteurs environnementaux
La confirmation de sept cas de pelade parmi 77 ouvriers travaillant en permanence dans un service d'assainissement des eaux usées (Water and Effluent Treatment Sector : WETS) ou assurant la maintenance dans une usine de cellulose, et de la présence de substances du genre polyélectrolyte (acrylamide) dans leur sang et/ou urine, soutiennent l'hypothèse d'une corrélation avec leur travail. L'acrylamide peut se comporter comme un hapten-antigène et la pelade peut être secondaire à la réponse immunologique.
La pelade progresse comme une vague de follicules qui entre
prématurément en phase télogène. Le
rapport anagène/télogène varie considérablement
selon le stade et l'ancienneté de la maladie.
Les
cheveux en phase anagène précoce prédominent
dans les lésions de pelade d'apparition récente
et de minuscules cheveux en phase télogène dans
les pelades anciennes. La localisation stratégique sur
les cellules du bulge suggère qu'ils puissent, pendant
la phase télogène, être stimulés par
les cellules des papilles dermiques adjacentes, ce qui entraînerait
une nouvelle diminution de croissance du follicule (hypothèse
de l'activation du bulge).
Des sections horizontales de biopsies de scalps alopéciques
fournissent plus de données diagnostiques que des sections
verticales. Des lésions établies ne montrent aucune
diminution du nombre des follicules, sauf chez une minorité
de patients non répondeurs. La diminution des follicules
peut être aggravée par la sévérité
et la durée de la pelade, ainsi que par l'âge des
patients. La pelade est caractérisée par la présence
de structures capillaires miniatures. Le bulbe de tels cheveux
en phase anagène précoce est localisé dans
le derme à un niveau plus superficiel que normalement (seulement
2 mm au lieu de 3,5 mm au-dessous de la surface de la peau). La
kératinisation des petits cheveux dans ces follicules pileux
miniatures est incomplète, le cheveu étant composé
largement de cellules nuclées. Tobin et ses collaborateurs
ont étudié l'histologie et les caractéristiques
ultrastructurales de pelades non traitées. Ils ont trouvé
une différenciation anormale des cellules corticales et
ont conclu que les kératinocytes précorticaux dans
le bulbe pileux sont les cellules cibles dans la pelade.
L'unique particularité constante est la présence
d'un infiltrat lymphocytaire dense, péribulbaire et intrafolliculaire
dont la densité décroit avec le temps. L'infiltrat
consiste en une prédominance de lymphocytes T helpers (64-92
%), avec les lymphocytes restants exprimant le phénotype
suppresseur. Cette prédominance de cellules T est présente
sans tenir compte de l'activité clinique ou de la durée
de la maladie. Chez les individus normaux, les cellules de Langerhans
sont trouvées seulement dans la partie supérieure
des follicules pileux, mais elles sont aussi présentes
dans les bulbes de patients atteints de pelade à des stades
évolutifs. La présence de cellules de Langerhans
intrabulbaires et de lymphocytes activés intrabulbaires
et péribulbaires sont en faveur d'un mécanisme auto-immun
dans l'apparition des pelades.
Les glandes sébacées varient dans leur taille. Elles
peuvent avoir une taille normale ou atrophique indépendamment
de la durée de la chute des cheveux. Les patients présentent
une baisse significative du nombre et de la fonction des glandes
sudoripares, mais il n'existe aucune relation significative entre
le degré de dysfonction des glandes sudoripares et l'étendue
de la perte des cheveux, la présence d'autres maladies
ou le traitement. La mesure de la production de transpiration
chez 22 patients atteints de la pelade, ainsi que chez 22 témoins
de même âge et de même sexe que les malades,
a montré, au contraire, que la sudation était plus
élevée chez les hommes que chez les femmes dans
les deux groupes de patients et de témoins, mais qu'il
n'y avait pas de différence statistiquement significative
entre les patients ayant la pelade et les témoins. Il reste
donc à prouver qu'il existe une altération significative
de la fonction des glandes eccrines dans la pelade.
La microscopie optique et électronique a montré
que les mélanocytes subissent des changements morphologiques
notables, ce qui indiquerait la participation active des mélanocytes
du bulbe capillaire dans la pelade. Cependant, dans une étude
récente, aucun anticorps réagissant avec la surface
cellulaire de mélanocytes autologues en culture n'a été
observé dans des sérums de patients atteints de
la pelade.
Une forme sub-clinique de la pelade est décrite : les altérations
des follicules d'une zone de pelade active se retrouvent également,
à un degré variable, dans des zones cliniquement
normales, c'est-à-dire où il n'y a pas de perte
de cheveux. Mc Donald Hull et coll. constatent le polymorphisme
des cellules des papilles dermiques et leur perte d'organisation
cellulaire dans un scalp atteint de pelade, surtout dans des zones
"normales". L'examen histologique des follicules pileux
des régions du scalp éloignées des lésions
révèle, soit des mélanocytes bien formés
et engagés activement dans le transfert de pigment quand
il y a peu ou pas de signe de dégénérescence,
soit au contraire, des altérations plus ou moins importantes
de la répartition et de la morphologie mélanocytaires.
De plus, on constate, dans les régions
sans perte de cheveux, une importante vacuolation des cellules
de la gaine externe, ainsi que la présence notable d'un
dépôt fin et granulaire de glycogène dans
la moitié supérieure des papilles folliculaires.
Les mêmes auteurs signalent que les papilles dermiques des
régions sans perte de cheveux peuvent présenter
des changements dans les cellules et dans la matrice extracellulaire,
contenant plus de fibres que d'habitude. Les cheveux des régions
non chauves sont cliniquement normaux, mais présentent,
microscopiquement, les altérations des follicules d'une
zone de pelade active. On ne sait pas encore si ces changements
précoces des mélanocytes ou des cellules de la gaine
externe ont une origine primaire, ou s'ils sont secondaires et
dus aux altérations de la papille dermique.
Au niveau des papilles dermiques, des changements prématurés
des follicules en phase anagène ont été observés
dans des régions lésées. Des cellules apoptotiques
ont été visualisées dans les papilles dermiques
dans neuf cas de pelade, au moyen des techniques Hoechst et TUNEL.
Des études complémentaires sont nécessaires
pour déterminer si la mort ou l'inhibition cellulaire dans
les papilles dermiques sont des éléments essentiels
de la pelade. Bien qu'il semble probable que la papille dermique
joue un rôle clef aux stades précoces de la maladie,
on ne sait pas si ce rôle est étiologique, ou s'il
reflète simplement une réponse de défense
à une attaque située ailleurs dans le follicule,
telle qu'au niveau des mélanocytes ou des kératinocytes
folliculaires.
La morphologie et la fréquence des différentes formes
de dégénérescence cellulaire dans les follicules
pileux lors de poussées de pelade ont été
étudiées. Ils ont découvert, que, outre l'apoptose
(mort cellulaire programmée) et la nécrose, un troisième
modèle de dégénérescence cellulaire,
la transformation noire des cellules, était mise en évidence.
Bien que la dégénérescence cellulaire soit
généralement limitée aux kératinocytes
de la région basse du follicule, les mélanocytes,
les cellules de Langerhans et de la papille dermique sont aussi
concernées.
DIAGNOSTIC
En règle générale, le diagnostic de pelade,
ne nécessitant qu'un examen clinique, est facile. Dans
des cas de tinea capitis, le cuir chevelu est enflammé,
avec érythème et écailles ; la perte de cheveux
n'est pas totale, et les cheveux qui persistent sont ternes.
Dans les alopécies traumatique (trichotillomanie),
la chute des cheveux n'est pas totale, les cheveux qui restent
sont cassés, épars, et de longueur variable. La
syphilis secondaire et le lupus érythémateux peuvent
parfois poser des problèmes de diagnostic: dans de telles
situations, une biopsie peut s'avérer utile. Hormis ces
éventualités, le diagnostic de pelade ne nécessite
pas d'examen complémentaire.
TRAITEMENT
L'évolution clinique des pelades est extrêmement
variable, avec quelques cas présentant des rémissions
spontanées et d'autres progressant vers les pelades totales
ou pelades universelles. Cette variabilité rend l'évaluation
de l'efficacité du traitement difficile. En fait, il est
douteux que le traitement fasse une différence quelconque
dans l'évolution de la maladie.
Le fait attristant qu'il n'y ait pas de traitement prouvé
universellement pour les pelades est manifeste de la multiplicité
des revendications de succès thérapeutiques. Les
traitements actuels sont répartis en six catégories:
1. les irritants non spécifiques : dithranol et phénol.
2. les inhibiteurs immunitaires : corticostéroïdes,
puvathérapie.
3. les stimulants immunitaires : induction de dermites de contact
(immunothérapie de contact) ; cyclosporine et inosiplex.
4. d'action ignorée : minoxidil.
Cette longue et incomplète liste de traitements éventuels
souligne le fait que la recherche de formes de traitements sains
et efficaces pour les pelades récalcitrantes est en cours.
L'efficacité semble la plus grande chez ceux où
la perte de cheveux est inférieure à 75 %, chez
les enfants, et chez ceux qui ont une perte de cheveux pendant
une courte durée. De plus, il a été démontré
récemment que la combinaison de thérapies augmentait
les taux de réaction et l'efficacité cosmétique
chez des individus présentant une grave pelade résistante
au traitement de façon chronique.
V-1 Les irritants non spécifiques
Beaucoup ont été utilisés dans les pelades,
comme le phénol, le benzoyl benzoate et les UVB avec des
doses provoquant des érythèmes, mais leur efficacité
est suspectée. Pourtant, on annonce un bon résultat
cosmétique chez 25 % des malades présentant des
cas de pelades sévères traités avec le dithranol.
Tous les patients souffraient de prurit, d'érythème
localisé et de squames.
Le dithranol provoque une inflammation de façon unique,
essentiellement par formation de radicaux libres. Les radicaux
libres exercent à leur tour des effets immunomodulateurs
avec inhibition à la fois de la production d'IL-2 et de
l'activité cytotoxique. La normalisation de la fonction
des cellules T suppresseurs peut aussi avoir lieu avec le traitement
au dithranol dans la pelade.
V-2 Les inhibiteurs immunitaires
a) La corticothérapie
Les corticoïdes per os rétablissent une repousse
normale des cheveux dans beaucoup de cas de pelades. La polémique
persiste parce que la plupart des cas (plus des 2/3 des patients)
rechutent pendant ou après l'arrêt du traitement.
De très fortes doses (jusqu'à 100 mg de prednisolone
par jour) ont été recommandées, mais des
effets secondaires généraux dus aux stéroïdes
ont été notés : hypertension artérielle,
problèmes psychologiques, acné, obésité,
cataractes, ostéoporose, etc.. Dans une étude récente,
une repousse capillaire totale, ou esthétiquement acceptable,
est obtenue chez 14 (58,3%) patients grâce à des
injections de 300 mg de prednisolone. La réponse est faible
dans des cas de pelade universelle, de pelades installées
depuis plus de 2 ans, et chez des femmes.
Il est
surprenant de constater que les effets secondaires sont rares
et légers. D'autres chercheurs ont la conviction que la
thérapie par corticoïdes est loin d'être encourageante
; ils ont traité 9 patients présentant une pelade
étendue et de longue durée avec des injections répétées
de dexamethasone (100 mg i.v. par jour pendant 3 jours, toutes
les 4 semaines). Au cours de ce traitement, un seul patient a
montré une bonne réponse, mais qui n'a pas été
durable (30% de repousse au bout de 6 mois). Ce traitement pourrait
donc être considéré comme l'un des modes de
thérapie possibles pour la pelade étendue afin de
surmonter la crise aiguë avec ensuite, un traitement des
zones persistantes par l'application locale ou intralésionelle
de stéroïdes.
Des essais pour réduire les effets secondaires des stéroïdes
per os ont inclu à la fois une administration topique et
intralésionnelle. On recommande l'application locale d'acétonide
flucinolone, d'halcinonide, et de dexaméthasone. Les résultats
ne sont pas satisfaisants et la rechute est fréquente.
Dans quelques cas, il peut se produire une folliculite, de l'acné,
et une dépendance aux stéroïdes. Les stéroïdes
intralésionnels se sont montrés plus efficaces mais
leurs indications demeurent limitées. Ils jouent un rôle
de faible importance mais utile, dans la gestion de la pelade.
Ils peuvent être utilisés pour accélérer
la repousse des plaques limitées de pelade qui sont défigurantes
ou difficiles à cacher et pour maintenir la repousse des
sourcils dans la pelade totale ; mais un grand soin doit être
apporté pour éviter les effets des stéroïdes
au niveau de l'oeil. L'atrophie cutanée peut devenir une
complication disgracieuse et est habituellement limitée
à l'endroit de l'injection.
La réponse au traitement par les glucocorticoïdes
est variable. Le nombre de récepteurs aux glucocorticoïdes
(GCR) inoccupés et "inactifs" est élevé
chez les patients atteints de pelade ne répondant pas aux
glucocorticoïdes.
De plus, les patients peladiques
présentent des taux réduits de thiorédoxine
réductase (TR), une enzyme qui doit activer le GCR avant
que la liaison avec l'hormone ne soit optimale. Le taux de la
TR dans des biopsies de scalps alopéciques, déterminé
par dosage biochimique, est proposé en tant que marqueur
pour prévoir la repousse des cheveux en réponse
aux glucocorticoïdes, avant d'entreprendre un traitement
à fortes doses et de longue durée.
Les mécanismes possibles, impliqués dans la repousse
des cheveux induite par les stéroïdes peuvent être
les suivants : diminution de la production et/ou de la sécrétion
d'interleukine 1, interleukine 2, et des facteurs chemotactiques
des monocytes ; suppression de la multiplication des cellules
T cytotoxiques ; et dans quelques cas, augmentation de la prolifération
de lymphocytes T suppresseurs.
b) La puvathérapie (photochimiothérapie)
Rollier et Warcewski, en 1974, ont pu induire la repousse des
cheveux d'un patient atteint de pelade, en le traitant avec le
8-méthoxypsoralène (8-MOP) et l'irradiation solaire
naturelle. La première réussite dans le traitement
de la pelade par la PUVA (8-MOP plus UVA) a été
publiée en 1978. Ensuite, plusieurs études ont été
effectuées, certaines qui préconisaient la PUVA
pour le traitement de la pelade et d'autres qui la considéraient
d'un intérêt limité.
De bons
résultats sont obtenus pour 30% à 70% des malades,
avec des réponses satisfaisantes nécessitant environ
350 J/cm2 pour la pelade en plaque et 700 J/cm2 pour la pelade
totale. Une évaluation rétrospective de l'effet
du traitement par la PUVA, portant sur 102 patients, suggère
que cette thérapie n'est pas efficace dans la pelade et
que les réussites observées ne sont que le reflet
de l'évolution spontanée de la maladie. Ceci conforte
les résultats d'un traitement par la PUVA dans une autre
étude sur 70 patients atteints de pelade. Dans cette étude
rétrospective sur 10 ans, le taux de réussite réelle
était, au mieux de 6,3% pour la pelade en plaque, 12,5%
pour la pelade totale et 13,3% pour la pelade universelle, ceci
en dépit du fait que les patients étaient très
optimistes vis-à-vis du traitement.
Certains
auteurs ont eu de meilleurs résultats avec une irradiation
totale de la peau, mais d'autres signalent que cette méthode
n'est pas plus efficace qu'une irradiation locale. Pour toutes
les séries étudiées, on fait état
de taux de rechute élevés (50 à 90%) à
l'arrêt du traitement. Cette thérapeutique peut conduire
à des brûlures, une sécheresse, des irritations
cutanées, et un risque accru de cancers cutanés
ultérieurs. L'ensemble de ces risques doit être pesé
avec prudence par rapport aux maigres chances de réussite.
Le traitement par la PUVA est coûteux en temps. Il semble
être efficace chez certains malades, mais pas chez d'autres,
et de plus, beaucoup de malades peuvent en devenir psychologiquement
dépendants.
Les mécanismes de la puvathérapie comprennent la
production d'une irritation, et la destruction de l'infiltration
lymphocytaire par les rayons ultraviolets.
V-3 Les stimulants immunitaires
a) L'immunothérapie topique
Les sensibilisateurs de contact dont on pense qu'ils agissent
comme des immunomodulateurs dans la pelade sont utilisés
dans le traitement de cette pathologie. Le malade est sensibilisé
par l'application sur le cuir chevelu d'un puissant allergène
de contact, et par la suite, une légère dermite
allergique de contact est obtenue par l'application hebdomadaire
du même allergène de contact.
Le mécanisme essentiel provoquant la repousse du cheveu
sous immunothérapie topique est loin d'être clair.
Une explication intéressante, cependant, serait la rivalité
antigénique entraînant l'immunomodulation topique.
L'infiltrat de lymphocytes T péribulbaires observé
dans la pelade non traitée réflèterait une
réaction immunitaire, à médiation cellulaire,
à l'encontre d'un antigène associé au cheveu.
L'immunothérapie topique introduirait un second antigène
au même endroit. L'application répétée
de ces agents susciterait l'accumulation locale à la fois
des cellules T helper et des suppresseurs. Les cellules T suppresseurs
exerceraient, au moyen de médiateurs solubles, à
la fois des effets inhibiteurs spécifiques et non spécifiques
afin d'assurer une immunorégulation négative. En
d'autres termes, un " mécanisme d'arrêt "
inhérant à la dermite allergique de contact induite
par la thérapeutique inhiberait de façon non spécifique
la réaction immunitaire envers l'antigène associé
au cheveu (encore inconnu à présent), qui est présumé
constituer la cible principale dans la pathogénie de la
pelade. Découvrir et analyser cet antigène, ou ce
groupe d'antigènes, semble être la tâche majeure
dans la recherche à venir sur la pelade.
L'importance de la sensibilisation de contact dans le traitement
de la pelade est cependant limité. Les effets secondaires
comprennent un prurit, des oedèmes, une infection secondaire,
un urticaire et un vitiligo. Les taux de réponse dans la
pelade totale semblent si décevants que les risques d'effets
secondaires désagréables l'emportent probablement
sur les avantages. Il pourrait être utile d'essayer ces
méthodes sur des malades présentant une alopécie
en touffes, presque totale, et une alopécie en plaques
de longue date.
Le Dinitrochlorobenzène (DNCB) : le DNCB a été
utilisé récemment pour des cas résistants.
De nombreux essais cliniques ont présenté un succès
variable avec ce médicament (de 10 % jusqu'à 78
%). Il est plus efficace dans la pelade localisée que dans
la pelade totale ou universelle. Les malades ayant des antécédents
familiaux de pelade, personnels ou familiaux d'atopie et ceux
qui n'ont pu produire une réaction de dermite n'ont pas
obtenu une bonne repousse. De plus, il ne faut pas oublier l'activité
potentiellement mutagène du DNCB. Les effets secondaires
sont : la formation de bulles, l'apparition d'un eczéma
sur d'autres sites, d'un urticaire, d'un érythème
polymorphe et une lymphadénopathie. Les personnes qui préparent
ou qui appliquent le DNCB doivent éviter tout contact avec
leur peau, car elles risquent elle-mêmes une sensibilisation.
Les patients doivent recevoir un traitement hebdomadaire.
Le mécanisme d'action du DNCB est une compétition
antigénique. Le DNCB active la population cellulaire impliquée
dans le type IV d'hypersensibilité et il peut aussi provoquer
une modification de la distribution locale et systémique
des lymphocytes T et de leurs sous-populations.
L'ester dibutyl d'acide squarique (SADBE) : C'est un agent
qui sensibilise fortement et sans activité mutagène
(contrairement au DNCB), mais il est peu envisageable de l'utiliser
en pratique courante. La plupart des auteurs ont utilisé
une solution de 2 % de SADBE dans l'acétone comme dose
sensibilisatrice suivie par l'application de la dose minimum pour
réaliser une dermite de contact. Cette thérapie
est bien acceptée par les patients car le SADBE est facile
à appliquer et l'application est rapide et sans douleur.
Les effets secondaires sont un eczéma, une auto-eczématisation,
l'apparition de bulles et d'adénites. La dermite allergique
de contact et le leucoderma font partie des effets secondaires
inhabituels . De bons résultats sont signalés pour
70% des patients . Un travail récent est consacré
à l'étude de l'efficacité et de la facilité
d'emploi de SADBE topique chez 28 enfants atteints de pelade sévère,
qui étaient psychologiquement perturbés et résistants
à d'autres thérapeutiques. Neuf de ces patients
(32,1%) ont eu une repousse totale ou acceptable d'un point de
vue cosmétique et six autres (21,4%) ont eu une repousse
significative. Les auteurs considèrent le SADBE particulièrement
convenable chez des enfants récalcitrants aux thérapies
conventionnelles.
Le phénomène du "castling" , par exemple,
la repousse des cheveux à l'opposé de la zone d'application
ou dans une région qui en est éloignée, a
été noté dans les traitements au SADBE. Cette
observation conforte l'hypothèse d'une action systémique
du SADBE. Par ailleurs, des dépôts immunitaires sont
retrouvés, dans tous les cas de réponse positive
au traitement au SADBE, à l'intérieur du bulbe pileux
et le long de la membrane basale du follicule. Ceci laisse penser
qu'une réponse immunitaire est une condition nécessaire
à la repousse du cheveu. En conséquence, des recherches
supplémentaires sont nécessaires pour évaluer
l'importance des dépôts immuns déclenchés
par le SADBE et le rôle des cellules immunocompétentes
dans l'infiltrat péribulbaire.
Le Diphencyprone (DPC) : MacDonald Hull et coll. ont obtenu
une repousse des cheveux chez 28 patients atteints d'une pelade
sévère et ancienne, quels que soient leur âge,
l'ancienneté de la pelade, ou l'étendue des lésions.
Ni l'âge du patient, ni l'étendue de la pelade ne
sont une contre indication au traitement, mais il n'y a pas d'indicateur
d'échec du traitement. Dans l'état actuel des connaissances,
il faut supposer que les patients chez lesquels la repousse des
cheveux ne se produit pas présentent un processus auto-immunitaire
qui n'est pas inversé par le DPC. Ce traitement paraît
être aussi efficace chez les enfants ; comme dans l'étude
chez les adultes, l'ancienneté de la pelade ne semblerait
pas modifier l'issue du traitement. Ni des antécédents
familiaux, ni l'atopie, ne sont des caractères défavorables
à la réponse au DPC. En revanche, d'autres chercheurs
suggèrent que les pelades évolutives, anciennes,
d'apparition précoce, la présence d'une maladie
ou d'un eczéma atopiques, des altérations unguéales
ou des maladies auto-immunes associées, sont des facteurs
de pronostic défavorable.
Une thérapie par le DPC topique induit l'expression du
HLA-DR dans des kératinocytes épidermiques dans
6 cas sur 13, et réduit l'expression anormale des antigènes
HLA-ABC et -DR dans l'épithélium des follicules
pileux inférieurs alopéciques.
Par rapport à d'autres produits qui induisent une sensibilité
de contact, le DPC n'a ni les inconvénients d'instabilité
en solution que présente le SADBE, ni les propriétés
mutagènes du DNCB. A l'heure actuelle, il n'existe pas
de données fiables concernant la toxicité chronique
et la toxicocinétique du DPC.
Parmi les effets secondaires indésirables du DPC, on peut
mentionner la dermite vésiculeuse de contact, un eczéma
généralisé, une lymphadénite de la
nuque, un oedème péri-orbitaire, des troubles de
sommeil, un urticaire, et des réactions du type érythème
polymorphe. Des altérations pigmentaires, y compris un
vitiligo, ont été signalées suite à
ce traitement. La thérapie par allergie de contact devrait
donc être utilisée avec précaution chez des
patients à peau pigmentée, le vitiligo étant
très défigurant chez ses personnes. Le risque de
voir apparaître un vitiligo est plus élevé
chez les sujets ayant des antécédents personnels
ou familiaux de vitiligo. Les patients devraient être informés
de l'éventualité de cette complication avant de
débuter le traitement.
Le DPC est un traitement, non une cure, de la pelade et une fois
que le malade a répondu au traitement, il ou elle aura
besoin d'une thérapie à long terme.
La thérapie au DPC devra être réalisée
dans des centres spécialisés afin de clarifier davantage
son rôle dans le traitement de la pelade.
La Diphénylcyclopropénone (DPCP) : une évaluation
de l'efficacité de la DPCP seule ou associée à
5% de minoxidil topique a été faite dans le traitement
de pelades sévères et chroniques. Cinq patients
sur 13 (38%) présentent une repousse notable d'épais
cheveux terminaux après 24 semaines de traitement. L'adjonction
de minoxidil à 5% en topique n'apporte pas d'amélioration
clinique supplémentaire significative. De plus, pendant
le traitement, l'expression d'ICAM-1 par les kératinocytes,
les CD3, CD4 et CD8 est significativement réduite dans
des biopsies de répondeurs par rapport à celles
de non répondeurs.
Dans une étude récente, une comparaison de l'efficacité
du dapsone avec celle de la DPCP révèle qu'une repousse
totale est observée chez respectivement 22 et 50% des patients.
Il est donc possible de conclure que l'immuno-thérapie
de contact est significativement plus efficace que le dapsone.
b) La Cyclosporine
On ne connaît que partiellement le mode d'action de la
cyclosporine, mais son effet majeur est d'inhiber l'activation
des lymphocytes T de type CD4+. D'où son utilisation dans
la prévention du rejet des greffes et dans le traitement
de maladies telles que le psoriasis, l'eczéma atopique
et, éventuellement, la pelade. Cependant, la cyclosporine
per os est potentiellement néphrotoxique et hépatotoxique.
Des tentatives avec des applications locales de cyclosporine à
des concentrations de 5 à 10% dans différents excipients
huileux, ont entraîné une repousse sporadique par
plaques à peine meilleure qu'un placebo.
Six cas ont été rapportés chez lesquels une
pelade totale ou universelle est apparue pendant un traitement
à la cyclosporine administré après une transplantation
cardiaque ou hépatique, et dans le traitement d'un eczéma
atopique sévère. Deux explications semblent possibles
: d'une part, la dose immunosuppressive était insuffisante
pour empêcher l'activation des cellules T et, d'autre part,
l'activation des lymphocytes T de type CD4+ n'est pas impliquée
aux premiers stades de l'immunopathologie de la pelade.
c) L'Inosiplex (Isoprinosine)
L'isoprinosine est indiquée dans le traitement de formes sévères de pelade (totales/universelles) : cette molécule potentialise vraisemblablement la différentiation, la prolifération et la fonction des lymphocytes. L'interruption du traitement provoque une chute aiguë des cheveux, mais une deuxième série de traitement s'avère efficace. Une légère hyperuricémie peut apparaître.
V-4 : Le Minoxidil
Le Minoxidil est un puissant vasodilatateur utilisé
dans le traitement de l'hypertension artérielle. Des articles
préliminaires faisant état d'un taux élevé
de bons résultats avec le Minoxidil topique dans la pelade
ont été suivis par des tests en double aveugle et
par des études de réponse en fonction de la dose
qui ont été moins encourageants.
Le mécanisme de repousse du cheveu déclenchée
par le Minoxidil dans la pelade est inconnu. Fiedler et ses collaborateurs
ont observé une réaction au Minoxidil topique à
5 % chez 36 malades sur 47 présentant une pelade grave.
Cette réaction était caractérisée
par un retour à la normale du diamètre du follicule
pileux, de sa profondeur et de sa structure, et par un déplacement
apparent des populations de cellules T de la peau vers le sang
périphérique. Ces données semblent indiquer
que le Minoxidil peut modifier un présumé stimulus
chemo-attractif des follicules envers une variété
de types cellulaires. Un tel effet pourrait se produire par la
modification de quelque " antigène folliculaire "
inconnu, de l'expression du récepteur à la surface
de la cellule folliculaire, ou de la modulation et/ou la réponse
de la production de cytokines. La diminution des cellules T péri-folliculaires
activées après traitement par Minoxidil per os appuie
l'idée que le Minoxidil peut avoir, in vivo, quelques effets
immunomodulateurs directs sur les cellules T qui peuvent contribuer
à une repousse des cheveux dans la pelade. Les mêmes
auteurs, dans une autre étude, ont démontré
que les personnes réagissant au Minoxidil présentent
une stimulation accrue, de façon significative, des lymphocytes
sous l'effet de mitogènes administrés avant le traitement.
Ceci diminue par la suite après repousse des cheveux. Ils
en ont conclu que la multiplication des lymphocytes T est un élément
prédictif de réponse à un traitement par
Minoxidil topique à 5 % dans les pelades sévères.
Récemment, une étude randomisée et en double
aveugle a montré que, dans la pelade, la réduction
de l'infiltrat des cellules T péri-folliculaire associé
à une repousse du cheveu acceptable sur le plan cosmétique
n'est pas attribuable à un effet du Minoxidil topique.
Dans un cas inhabituel de pili annulati accompagné d'une
pelade étendue du scalp, un traitement avec le minoxidil
a abouti à la repousse complète de cheveux normaux.
Il est possible que le minoxidil transforme, dans le follicule,
la production de la protéine aberrante en protéine
normale et permette donc la croissance de cheveux d'un phénotype
normal.